ANTIPODES SUITE ET FIN
Samedi soir, assisté à "Duchesse" (http://www.lequartz.com/?q=fr/content/antipodes-2010/duchesses) dans lequel un duo de hulahoopers hypnotiques nous a livré à la fois un OVNI chorégraphique et une performance coup-de-poing qui a laissé le public en apnée pendant 35 min : captivés par le tournoiement lancinant des cerceaux cinétiques, la chaloupe à peine marquée des bassins dénudés, le masque figé de danseurs si peu essoufflés, on est reparti coi de la salle, ébranlé par ce bijou cosmique. Après, Fabian y su salsa caliente à la Carêne a été le chaleureux exutoire de scène qui nous ramenait au simple plaisir des sens.
Antipodes 2010, l'édition des grands écarts. "Tout est Corps, tout est Chair" disais-je, mais en fait c'est plutôt : "Tout est Force, tout est Flux" !
ANTIGONE ET ANTICORPS

Moi qui d'habitude fuit les magazines féminins dont la couverture porte le titre "Spécial Mode" (toujours un peu de mal avec les codes et les tendances, encore plus quand il s'agit d'apparence), les pages fashion du Elle du 5 mars dernier ont cependant retenu mon attention : déjà, on a souri sur le portrait de la mannequin Erin Watson, celle qui "pose comme d'autres dansent", qui "est l'auteure d'elle-même" et cherche à ce que "le corps ait encore quelque chose à dire au bout de 3 jours" de shooting, qui annonce vertement que "ouais, c'est vrai que j'ai des opinions" et n'a "aucune envie d'être une target". Normal, elle vient d'un coin du monde "où on regarde les gens droit dans les yeux"... Les choses sont claires, la fille sait ce qu'elle veut.
Et puis les pages d'après : devant la série de tableaux vestimentaires très titrés jeux-de-mots, j'ai vu de la texture, j'ai vu de la matière, j'ai vu un vrai langage plastique : le tee-shirt qui brouillonne (papier froissé et coton) et la jupe qui chiffonne (chiffon de soie plissée), la veste qui met les gazes (de soie) et la jupe qui a la pêche (filet de tulle), la maille qui s'écharpe (soie plissée) et le tailleur qui déchire (dentelle de coton), la robe qui aime Robinson (tricot et toile de lin façonnée) et le cycliste qui va faire maille (coton bouclé et bord côtes)... Tellement frustrant de ne pas pouvoir y toucher !
Mais on pouvait y voir aussi parfois une expression plus graphique : le trench qui fait dans la dentelle (cuir perforé) et la blouse qui se résille (nappa perforé), la jupe graph-chic (jersey de soie et cuir) et celle aux motifs Nus (cady de soie), les dessins psyché-pop de la jupe PVC et l'imprimé tribal du total look ethnique ... J'adore les illusions d'optique qui habillent.
ART GIRATOIRE ET DÉPOTOIRS A PART
L'autre jour, tombé à la télé sur Complément d'Enquête avec 2 reportages assez intéressants : l'un sur les ronds-points décorés, l'autre sur les friches industrielles.
Pas complètement idiot que d'offrir aux sculpteurs et plasticiens une si belle surface d'exposition. Mais à trop chercher à faire des ronds (un fieffé commercial et un coquin politique -à son corps défendant-, ce créateur d'oeuvres de carrefour dans le reportage), on s'est un peu demandé s'il ne tournait pas un peu en rond...
Le reportage sur les friches montrait comment le regard sur ces ex-usines devenues no man's land a changé et commence à susciter l'intérêt des investisseurs (idem que pour les lofts il y a 30 ans). Mais la dépollution du site n'est assurée que si l'endroit est bien situé, près de grands axes de mégapole, autrement dit pas dans la Creuse. Et ce n'est malheureusement pas pour les artistes que ces endroits immenses sont reconvertis (lotissements, centres commerciaux, salles de gym).
Ci-dessous : un rond-point de ... Concarneau, pas très loin d'ici, oeuvre de Paul Dauffy

BONNE NOUVELLE
Entendu sur France Inter l'autre jour Lorenzo Rudolf, co-directeur d'Art Paris+guests affirmer : "L'art contemporain n'est pas qu'un marché, il faut remettre l'oeuvre et les artistes au centre". On est rassuré...